Historique

La dentelle de Bayeux

La spécialité de la Dentelle de Bayeux est la dentelle aux fuseaux. Elle est répandue de la Haute à la Basse-Normandie, avec une concentration déterminante dans la région de Caen et de Bayeux , plus dynamique tant au plan de la création dentellière que de l'importance des manufactures qui ont fait sa réputation internationale. Les matières employées sont le lin, la soie, et plus tard le coton, surtout en période de crise d'approvisionnement.

C'est une dentelle au dessin figuratif à dominante de décors floraux, avec des motifs architecturaux tirés de l'ornementation classique : perles, rais de coeur, godrons, feuillages stylisés (acanthes, palmettes,...) coquilles, vasques, entrelacs. Élaborée à partir des dentelles qui se fabriquaient dans la région de Paris et de Chantilly, la « Dentelle de Bayeux » a pris véritablement forme dans la seconde moitié du XVIIIème siècle pour devenir un style à part entière au XIXème. Ainsi apparaît-elle officiellement lors des grandes expositions (universelles....). Elle s'inspire alors fortement de l'image affirmée alors par les dentelles à l'aiguille d'Alençon et d'Argentan (modes des pointignans)

Les points : la grille, grille Cantille, toile et mat, fond vitré, fond chant, fond Alençon, pointignans.
Les effets : dans les dentelles « ombrées », inversion des points (les remplis deviennent des fonds et inversement ).

La dentelle aux fuseaux

Détail d'une dentelle "Chantilly" Napoléon III

La dentelle aux fuseaux est apparue à Bayeux et dans sa région avec l'arrivée des soeurs de la Providence à la demande de Mgr François de Nesmond, dans la seconde moitié du XVIIème siècle. À la fin de ce siècle, on fait état de trois manufactures de dentelles, celles de St Malo, de l'Hôpital-Général et de la Charité.

Au XVIIIème siècle, la fabrication de la dentelle aux fuseaux se développe et des fabricants s'installent à Bayeux (Sr Guyard puis Sr Clément...).

Au début du XIXème siècle, à Bayeux, les fabricants importants sont : Tardif (successeur de Clément) et Jean-Delamare avec Mme Carpentier (sa soeur) qui deviendra fabricante de dentelles de S.A.R. Madame la Dauphine. En 1829, elle cède sa fabrique à M. Lefébure Augustin René qui continuera à la développer, à réorganiser et à relancer toutes les prestigieuses dentelles normandes :

  • dentelles aux fuseaux : « Blonde de Caen », « Chantilly », « Dentelle de Bayeux », ...
  • dentelles à l'aiguille : « Point Colbert », « Point d'Alençon », ...
En 1867, il transmet la direction de sa maison à ses fils Ernest et Anatole qui se montreront les dignes continuateurs de son oeuvre. On leur doit notamment la renaissance du « Point d'Argentan ».

Au XXème siècle, c'est la disparition des dernières activités économiques de la dentelle de Bayeux, à partir des années 50. Seule subsiste jusque dans les années 1970, l'École de dentelle de Bayeux animée par une ancienne maîtresse dentellière, Madame Friteau (Meilleur Ouvrier de France 1955).

La dentelle à l'aiguille

Dentelle à l'aiguille "Rosaline" XVIIème

La dentelle à l'aiguille fit son apparition vers 1450 à Venise en Italie sous le nom de « Punto in aria », point en l'air, désigné ainsi par Matio Pagan.

Sa technique consiste à construire le squelette de la future dentelle avec un fil nommé « la trace » maintenu sur un parchemin par un autre fil. La réalisation de la dentelle est faite de points de feston prenant leur support sur le squelette.

Vers 1650, le gros point de Venise règne sur le monde de la mode, aussi pour éviter toute importation coûteuse, Colbert (ministre des finances du roi Louis XIV) fit venir en France des dentellières vénitiennes afin de former des françaises à cette technique tellement demandée. Des manufactures Royales furent créées (Argentan, Sedan, ...), c'est ainsi que naquit le « point de France », dentelle dont l'illustration rappelle le règne de Louis XIV (couronne, soleil, tournesol, fleurs de Lys, rinceaux et elle est souvent asymétrique).

Vers 1740, la dentelle s'allège, les brides picotées sont remplacées par un fond plus aérien ; naissance du point d'Alençon et du point d'Argentan, ces fonds sont appelés « réseau ».

Au fur et à mesure des années, les réseaux prennent plus de place dans les dentelles à l'aiguille et les ornements plus fins (fleurs, branchettes, ...). À la fin du siècle, le décor devient insignifiant.

À l'époque Empire, la mousseline, la dentelle de soie et blonde prennent la place, ce qui entraîna l'anéantissement quasi complet de la dentelle à l'aiguille.

Sous le Second Empire, une grande partie de la fabrication de la dentelle à l'aiguille fut transférée à Bayeux à la maison Lefébure qui excella dans le genre point de Venise appelé « le Point Colbert », en hommage au ministre de Louis XIV.

Pour en savoir plus : Le conservatoire a réédité L'histoire de la dentelle à Bayeux, écrit en 1913 par Ernest Lefébure. Ce livre retrace l'histoire de la dentelle de Bayeux de 1676 à 1900. Vous pouvez vous procurer l'ouvrage soit en l'achetant sur place soit en le commandant par correspondance.